16 octobre 2025. Moins de quatre jours après sa nomination, le gouvernement Lecornu II passait son premier test parlementaire. La France Insoumise avait déposé une motion de censure. Il lui manquait 18 voix. Le PS les avait.
Les chiffres d’abord
Pour renverser un gouvernement, une motion de censure doit réunir la majorité absolue des 577 députés, soit 289 voix. La motion déposée par LFI, avec le soutien des Écologistes et de quelques communistes, en a recueilli 271 — 47 % de l’Assemblée. Le RN et l’UDR d’Éric Ciotti avaient déposé une motion parallèle, plus symbolique : elle n’a obtenu que 144 voix.
Le gouvernement Lecornu II survit donc. Pour l’instant.
Qui a voté quoi ?
LFI a voté en bloc pour la censure, conformément à son opposition frontale au gouvernement. Le RN et l’UDR ont également voté pour – un positionnement opportuniste qui permet à l’extrême droite d’afficher une opposition sans risquer réellement de faire tomber l’exécutif, la gauche n’ayant pas les chiffres seuls.
Les Écologistes ont majoritairement soutenu la motion, avec trois défections notables : Delphine Batho, Dominique Voynet et Catherine Hervieu n’ont pas voté.
Le PS, lui, a officiellement refusé de voter la censure. Mais sept de ses députés ont franchi la ligne : Paul Christophle, Fatiha Keloua Hachi, Peio Dufau et quatre élus ultramarins. Une grande majorité des députés socialistes n’a pas voté la censure, conformément à ce qu’ils avaient annoncé. MyJournal
Le paradoxe socialiste
C’est là que le bât blesse. Le PS se dit opposé au budget que Lecornu s’apprête à imposer à une Assemblée où il est minoritaire. Il a d’ailleurs prévenu qu’il n’hésiterait pas à déposer lui-même une censure si ses lignes rouges budgétaires étaient franchies. Pourtant, quand l’occasion se présentait de renverser ce gouvernement le 16 octobre, la direction du PS a choisi de l’épargner.
Les voix dissidentes au sein du PS – notamment ces sept députés qui ont voté la censure LFI – indiquent des tensions internes qui pourraient peser sur les futures majorités parlementaires. Parlons Politique
La question que ce vote pose n’est pas anodine : peut-on s’opposer à un gouvernement et à son budget tout en votant activement pour son maintien ? La réponse appartient aux électeurs socialistes.
Un gouvernement fragile, un calendrier chargé
Dans la foulée du rejet des motions, le Premier ministre a déclenché un nouveau 49.3, sur la partie « dépenses » du budget. Le recours répété à cet outil constitutionnel – qui permet d’adopter un texte sans vote – illustre à lui seul la fragilité arithmétique du gouvernement Lecornu. Mlafrance
Le détail chiffré des deux votes permet de mesurer l’écart entre la capacité de mobilisation des différents camps et la majorité absolue requise : 271 voix (47 %) pour la motion LFI contre 144 voix (25 %) pour la motion RN–UDR. Parlons Politique
Ce premier épisode ne clôt rien. Les débats budgétaires vont s’étirer sur plusieurs semaines, et chaque 49.3 pourra déclencher une nouvelle motion de censure. Le PS tient entre ses mains la survie d’un gouvernement qu’il dit combattre. C’est une position inconfortable – et les électeurs s’en souviennent.
Sources : publicsenat.fr · touteleurope.eu · lcp.fr · parlons-politique.fr · datan.fr vote_3058