Chômage : ils ont voté pour réduire vos droits, même ceux qui prétendaient les défendre

Le 26 mai 2026, l’Assemblée nationale a adopté une réduction de la durée maximale d’indemnisation pour les salariés dont le contrat s’est terminé par une rupture conventionnelle : de 18 mois, elle passe à 15 mois. Trois mois de moins pour chercher un emploi, payer son loyer, nourrir sa famille.

Le texte a recueilli 186 voix pour, 60 contre. La France Insoumise a voté contre, seul groupe à s’y opposer lors des deux lectures. Tous les autres ont voté pour.

La rupture conventionnelle, une spécificité française

Créé en 2008, ce dispositif permet à un employeur et un salarié de mettre fin au contrat d’un commun accord, ouvrant droit aux allocations chômage. En théorie, un outil de flexibilité bienvenu. En pratique, son usage a explosé : 520 929 ruptures conventionnelles ont été signées en 2024, soit une hausse de 63 % en dix ans. Un coût annuel de 9,4 milliards d’euros pour l’assurance chômage.

Le gouvernement Lecornu a demandé aux partenaires sociaux de trouver 400 millions d’euros d’économies sur ce poste. Un accord a été signé en février 2026 — mais pas par tout le monde. La CGT et la CFE-CGC ont refusé. Ce sont les syndicats représentant les salariés qui ont dit non. Les organisations patronales, elles, ont signé.

Ce détail mérite qu’on s’y arrête.

Ce que dit le vote de chacun

Le Rassemblement National se présente depuis des années comme le parti des travailleurs, des gens qui galèrent, de la France qui souffre de la précarité. Le 26 mai 2026, ses députés ont voté pour réduire de trois mois l’indemnisation des salariés au chômage. Sans exception. Sans amendement alternatif.

Le Parti Socialiste a voté pour. Le parti qui a créé les 35 heures, qui se réclame d’une tradition de défense des droits sociaux, a voté pour réduire la durée d’indemnisation de salariés fragilisés. Sept de ses députés avaient pourtant voté la motion de censure contre ce même gouvernement Lecornu quelques semaines plus tôt. Voter contre le gouvernement mais pour ses mesures : la cohérence a ses limites.

Les Écologistes ont voté pour. Renaissance et LR, sans surprise, ont voté pour.

La France Insoumise a voté contre. Deux fois. C’est le seul groupe à avoir maintenu une opposition cohérente du début à la fin.

L’argument du déficit

Le gouvernement et ses soutiens ont mis en avant le déficit de l’Unédic, estimé à 2,1 milliards d’euros en 2026. L’argument tient si l’on omet que ce déficit a été alimenté par des prélèvements répétés de l’État sur les caisses de l’assurance chômage depuis 2017 — une pratique dénoncée par les syndicats et la gauche depuis des années. On crée le trou, puis on demande aux chômeurs de le boucher.

Trois mois d’indemnisation en moins, ce n’est pas une ligne budgétaire abstraite. C’est un loyer, des factures, une négociation salariale affaiblie parce qu’on ne peut plus se permettre d’attendre une meilleure offre.

Ce que ce vote dit des programmes

La prochaine fois que le Rassemblement National ou le Parti Socialiste parleront de défendre les travailleurs, de protéger les Français contre la précarité, de s’opposer à l’austérité sociale — il existe désormais un vote, daté, documenté, public, qui dit autre chose.

Les programmes se jugent dans les urnes. Les convictions se jugent dans les votes.

*Sources : LCP Assemblée nationale · publicsenat.fr · travail-emploi.gouv.fr · 26 mai 2026*